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Le rôle vital qu’a joué Terre-Neuve dans l’histoire de la LHJMQ

 

La province de Terre-Neuve-et-Labrador a quelque chose d’unique au monde. Les gens qui considèrent fièrement cet endroit comme leur patrie sont tout aussi uniques, puisque cette fierté ne fait que gratter la surface de ce qu’ils ressentent vraiment au plus profond d’eux-mêmes. Ce groupe comprend notamment les nombreux athlètes remarquables qui ont fait le saut dans les rangs du hockey professionnel dans les dernières décennies, alors qu’ils ont profité de leur séjour dans la LHJMQ pour goûter à la vie loin de la maison pour la toute première fois.

 

Quand la porte s’est ouverte

Avant le milieu des années 2000 et la fondation de l’ancienne concession des Fog Devils de St. John’s, les patineurs et gardiens de Terre-Neuve étaient pratiquement des joueurs autonomes puisqu’ils avaient le choix de poursuivre leur carrière au hockey junior n’importe où au pays, et avec n’importe quelle équipe qui s’intéressait à eux.

Au premier coup d’œil, c’était là un privilège qui avait de quoi rendre les autres jaloux. Par contre, ce n’était pas toujours une situation facile, autant pour les joueurs que pour les organisations qui voulaient faire leur acquisition.

« À la fin des années 1960 et dans les années 1970, il y a eu un certain nombre de joueurs de hockey de Terre-Neuve qui sont partis pour aller jouer ailleurs, en Ontario surtout à cette époque », raconte Robin Short, directeur des pages sportives du St. John’s Telegram. « Plusieurs d’entre eux sont revenus à la maison. Les Terre-Neuviens sont un peu différents. Plusieurs d’entre eux ont eu le mal du pays. Plusieurs des équipes qui les ont accueillis n’ont pas très bien accepté la situation. »

Au fil des ans, des joueurs d’un peu partout dans la province ont commencé à établir leurs pénates dans la LHJMQ. Au milieu des années 1990, de plus en plus de Terre-Neuviens avaient commencé à laisser leur empreinte dans la ligue. Ceci a permis à plusieurs d’entre eux de devenir des vedettes locales, comme Ryan Walsh (Cap-Breton), Michael Ryder (Hull) et Patrick Yetman (Cap-Breton/Moncton). Ryder et Yetman ont notamment su récolter les fruits de leurs succès dans la LHJMQ en poursuivant leur carrière dans les rangs professionnels et, dans le cas de Ryder, cela l’a même mené à une conquête de la Coupe Stanley avec les Bruins de Boston en 2011. Cela a aussi ouvert la porte à plusieurs autres joueurs de la province qui ont pu suivre le même parcours et ainsi se développer de la même façon.

« Je pense que la plupart des jeunes [à l’époque] ont compris que pour avoir la moindre chance de faire carrière chez les professionnels, ils devaient s’exiler et jouer ailleurs dans le hockey junior majeur », a noté Short. « Ce qu’ont fait des gars comme Ryder, Walsh et Yetman, c’est de montrer aux jeunes de Terre-Neuve que c’était faisable. »  

Michael Ryder avec les Olympiques de Hull
Michael Ryder avec les Olympiques de Hull.

Une équipe bien à eux

Bien que la LHJMQ commençait à se forger de plus en plus une réputation enviable comme tremplin pour les joueurs provenant de Terre-Neuve, il a fallu un certain temps avant que ce circuit soit considéré comme un bon endroit pour y établir une équipe. On a seulement commencé à l’envisager sérieusement quand les Maple Leafs de St. John’s, concession de longue date dans la Ligue américaine de hockey, sont partis de la région en 2005. C’est alors que la possibilité de lancer un club junior majeur s’est soudainement présentée. Les Fog Devils de St. John’s se sont alors amenés.

De dire que le passage des Leafs aux Devils ait donné lieu à tout un éventail d’émotions n’était pas exagéré, loin de là.

« Après que la Ligue américaine soit partie et que la LHJMQ se soit amenée en ville, il y a eu un certain niveau d’effervescence », a déclaré Short, en mentionnant notamment les noms de Kristopher Letang et de Brad Marchand lorsqu’il évoque certains des meilleurs joueurs qui sont passés par le Mile One Stadium à l’époque.

« Peu de gens avaient suivi le hockey de la LHJMQ, mais ils savaient que ça existait, alors il y avait un certain niveau de curiosité. Évidemment, c’était du hockey junior, qui n’est pas aussi rapide que la Ligue américaine et qui offre du jeu un peu moins structuré, mais il y a deux façons de voir les choses. Tu peux regarder ça de façon négative ou tu peux te dire, ‘Tu sais quoi? Dans les faits, c’est un spectacle plus intéressant parce que je vais voir plus d’attaques en surnombre, plus de trois-contre-deux et de deux-contre-un, alors je veux assister à ça! »

Scott Brophy, le 1er choix au total du Repêchage d'expansion de 2005 (Archives LHJMQ)
Scott Brophy, le 1er choix au total du Repêchage d’expansion de 2005.

Malheureusement, ce qui demeure à ce jour la seule incursion du hockey junior majeur dans la province a pris fin après trois saisons seulement, l’équipe allant d’abord s’installer dans l’arrondissement montréalais de Verdun pour ensuite aboutir à Blainville, là où elle évolue présentement en tant que l’Armada de Blainville-Boisbriand. Reste qu’on ne peut dire que l’effet d’avoir eu une formation dans la région de St. John’s ait été complètement effacé. Même que le temps est venu de reconnaître l’influence qu’ont eue les Devils.

« C’est dommage parce qu’au départ de l’équipe, elle venait d’accumuler sa première fiche positive », a souligné Short. « On sentait que l’équipe commençait à s’installer et que les gens commençaient à comprendre comment fonctionne le cycle du hockey junior. On sentait qu’il y avait de bons jeunes joueurs dans cette équipe-là et que, si on leur avait donné l’occasion de rester dans les parages pendant encore une année ou deux, ils auraient pu faire leur marque. Je ne dis pas qu’ils auraient remporté le championnat, mais ils allaient être bien meilleurs qu’au cours des deux premières années. »

(Crédit : justphotos.ca)
Un jeu partisan au Mile One Centre de St. John’s. (justphotos.ca)

 

Forcé à grandir plus vite

Bien que la LHJMQ ait quitté la province en 2008, la tradition voulant que la ligue accueille un bon nombre de Terre-Neuviens de talent s’est poursuivie de plus belle. Par ailleurs, plusieurs des joueurs qui avaient fait le saut au fil des années avaient de nombreux souvenirs à raconter et ils avaient profité d’innombrables heures de développement en route vers une carrière chez les professionnels. Personne ne le sait mieux que Luke Adam, un jeune garçon originaire de St. John’s dont la carrière chez les professionnels lui a permis de voyager à différents endroits dans le monde.

Adam avait 15 ans quand les Fog Devils ont vu le jour. Ce qu’il ne savait pas encore, c’est à quel point l’histoire de la concession et la présence de la ligue dans son ensemble allait jouer un rôle important dans sa vie.

« [Les Fog Devils] sont arrivés quand j’ai disputé ma seule saison au niveau midget », a expliqué Adam. « La Ligue américaine venait de quitter et les gens ne savaient pas grand-chose du junior. J’ai donc joué au niveau midget cette année-là et, au fil des mois, ça allait plutôt bien pour moi donc j’ai commencé à réaliser à l’approche du repêchage qu’il était possible que j’obtienne la chance de jouer chez moi. »

Adam était effectivement un des espoirs les mieux classés en vue du Repêchage de la LHJMQ et les Fog Devils détenaient le septième choix au total cette année-là. Le scénario semblait écrit d’avance pour un jeune joueur qui évaluait quand même toutes les possibilités qui s’offraient à lui.

« Je songeais à aller à l’université ou à jouer dans le junior majeur », a-t-il indiqué. [Rejoindre les rangs des Fog Devils] s’est avéré être un bon choix. J’ai pu rester chez moi et terminer l’école secondaire avec mes amis à St. John’s. L’équipe est restée à St. John’s pendant trois ans seulement, alors j’ai été très chanceux que ça se déroule comme ça. J’aurais aimé que ça dure plus longtemps parce que l’année d’après, nous avons eu une très bonne saison à Montréal. Je trouve qu’on n’a pas assez donné de temps à l’organisation pour tout mettre en place. »

Après une saison avec le Junior de Montréal, Adam est de nouveau revenu vers l’Est quand le Cap-Breton a fait l’acquisition de ses services au cours de la saison morte en 2009. Peu importe où il a joué, le vétéran de 90 matchs dans la LNH avec les Sabres de Buffalo et les Blue Jackets de Columbus a toujours été très reconnaissant à l’endroit de la LHJMQ parce qu’il estime que son passage dans ce circuit lui a permis de vivre ce qu’il a ensuite vécu à titre de joueur de hockey.

« Je donne beaucoup de crédit à la LHJMQ pour la façon dont ils ont fait les choses », a dit Adam, qui a disputé les quatre dernières saisons en première division d’Allemagne avec Mannheim et Düsseldorf. « Mes quatre années [dans la LHJMQ] m’ont hors de tout doute bien préparé à devenir un joueur professionnel à l’âge de 20 ans. Cela m’a forcé à grandir plus vite. [L’ancien entraîneur-chef du Cap-Breton] Mario Durocher a été un des meilleurs, sinon le meilleur entraîneur, pour qui j’ai joué. Il a eu un rôle déterminant dans ma carrière et il a tellement investi de sa confiance en moi. Aussitôt qu’ils m’ont amené au Cap-Breton, il m’a fait sentir comme un membre important de l’équipe. Le fait de jouer pour lui et de voir comment il traitait ses joueurs plus âgés, et juste la façon dont il se comportait comme entraîneur, c’était un grand homme et il m’a très bien préparé. »

Luke Adam - Sportsnet.ca
L’ancien des Fog Devils, Luke Adam, avec les Sabres de Buffalo. (Sportsnet.ca)

 

La tradition continue 

Le robinet de joueurs de talent provenant de l’île qu’on surnomme « The Rock » est toujours grand ouvert. Même si le visage du hockey junior ne cesse d’évoluer, les athlètes originaires de Terre-Neuve-et-Labrador continuent de se mettre en valeur dans la LHJMQ.

Au fil des ans, nous avons vu des joueurs comme Ryan Clowe (Rimouski) et Adam Pardy (Halifax, Cap-Breton) tirer profit de leurs apprentissages dans la LHJMQ pour décrocher des postes dans les rangs professionnels qui leur ont permis de disputer plus de 800 matchs dans la LNH à eux deux. Plus récemment, Clark Bishop a fait le saut d’une île à l’autre en passant de Terre-Neuve au Cap-Breton, pour ensuite se greffer à l’organisation des Hurricanes de la Caroline.

Et il y a les jeunes hommes de l’endroit qui ont séjourné dans la ligue pour ensuite revenir à la maison et s’y illustrer. Comme, par exemple, le défenseur James Melindy (Moncton) et l’attaquant Zach O’Brien (Rouyn-Noranda, Acadie-Bathurst), un champion à deux reprises du trophée Frank-J.-Selke comme joueur le plus gentilhomme de la LHJMQ, ont tous deux soulevé la Coupe Kelly en 2019 à titre de membres des Growlers de Terre-Neuve, une formation qui en était alors à sa première année d’activité dans la ECHL.

C’est une histoire qui continue de s’écrire, notamment sur les patinoires de Drummondville et de Chicoutimi, grâce au choix de premier tour des Devils du New Jersey en 2020, Dawson Mercer. Évidemment, la série de succès de cet athlète qui est né et a grandi à Terre-Neuve ne doit pas porter ombrage au bon travail que fait présentement un rusé joueur de centre à Gatineau, Zach Dean. Il y a ensuite la fierté de Mount Pearl, Brad Yetman, qui a su se servir de son temps passé comme défenseur à Shawinigan, à Rouyn-Noranda et ensuite avec une équipe du Rocket, alors établie à l’Île-du-Prince-Édouard, comme tremplin vers une carrière d’entraîneur qui lui a permis de décrocher un poste d’adjoint avec les Huskies.

Vous voyez, c’est une histoire qui ne semble pas avoir de fin prévisible. Pour être témoin d’un type particulier de talent et de force de caractère dont les racines sont aussi profondes que la nuit des temps, il suffit de regarder du côté de la plus jeune province canadienne.

Zachary Dean des Olympiques de Gatineau (Dominic Charette)
Zachary Dean des Olympiques de Gatineau. (Dominic Charette)
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